DEUX

Deux longues années s’écoulent avant que tout ne recommence.
Ni trois. Ni sept. Deux. Une paire d’années. Ce concept ne fonctionne pas autrement. Raisonnement bisannuel de fervents spécialistes qui renouvellent rituellement leur précieuse pensée. Changer tous les deux ans d’aspect. De genre. D’idées. D’affection. L’amour tous les deux ans ? Amours furtifs éplorés. Je ne t’aime plus. On peut s’aimer ? La mort acquiesce. Elle s’excite à l’idée.
Pour un comportement bisannuel, il faut inlassablement penser. Inventer. Cogiter. Innover. Trouver. S’améliorer en sourdine au roulis du décompte. Acquérir de nouvelles connaissances en moins de Deux. Apprendre de nouvelles danses. Pas de Deux. Rénover même quelques antiquités. Chercher ailleurs. Loin. Découvrir de nouveaux mondes. Pas de répit pour les Christophe Colomb. Jules Verne a pris « Deux ans de Vacances ». Pas trois. Panique de biennale.
Des mois vont s’écouler. Deux laborieuses années. Pendant ce temps, des bébés naissent. Des présidents changent. Des bâtiments s’érigent harmonieusement. D’autres s’effondrent sur l’asphalte endolorie. Les vaches pâturent des herbes humides dépoussiérées. Pas de chocolat.
On se distrait dans les biennales. Promenades créatives. L’inspiration s’exhibe magistralement. On visionne. Chorégraphie. Fouine. Cherche de tout. Partout. Mieux vaut Deux fois qu’une. Instinct biennal international. Glorieux phénomène cyclique. La foule s’anime énergiquement deci delà . Partout. Ailleurs, le calme assourdissant. Bourdonnement design.
Au dernier passage humain, cela s’arrête. Soudainement. Du jour au lendemain. Net. Stop clignotant.
Le festin consommé, on digère ses noyaux. Lampes refroidies. Economie d’énergie. Fin Novembre. Onze. Il faut tout nettoyer. Aspirateurs hexagonaux.
Au dehors, le créatif se plaint. Le génie mijote. Que va-t-il vouloir encore concevoir pour respirer ? Silence biennal. Grande fatigue.
L’événement reprend son souffle. Le mouvement festif somnole au coin des feux tricolores. Attention, travaux, danger. Ne passez pas.
Le rituel des biennales n’oblige à rien. On peut changer d’avis. Ne rien faire de spécial. L’ordinaire des jours. La minute n’est plus comptée. Deux secondes, j’arrive.
Noël. Pâques. Mon anniversaire. Tous les ans. Un.
Deux mille huit. Dix ans. Deux ans. Seize jours.
17280 heures avant l’autre biennale. Code Design.
Cela fait deux ans que je ne me suis pas coupée les cheveux.
Deux ? Février, c’est Carnaval.
Sous toutes ses formes.
Texte Nina de Zio Peppino
Visuel Olivier de Zio Peppino